Dérouler le fil – Entretien avec Nathalie-Asmaa

Publié le par librairies-renaissance.over-blog.com

                                                        Nathalie Asmaa                                                                                               

 

         Transformer les images en mots. Originairement film, le premier livre de Nathalie-Asmaa – Le Caire, l’inconnu dévoilé -  s’applique avec élégance à l’exercice difficile de la description. Sur le fil conducteur d’un scénario abandonné, on retrouve chez l’auteur le déroulement d’une esthétique du pointillé.   …..


…. Vous aviez commencé par un film. Mais au-delà de la description, par quel(s) procédé(s) avez-vous transcrit ces images en mot ?

Le parcours de mon livre est celui que j’avais suivi avec la caméra. J’écrivais de manière chronologique, avec ma mémoire certes, mais surtout grâce au support des images. Mon prochain livre se construit essentiellement autour du souvenir ; sur des parallèles entre les récits des caravaniers et les images de mon enfance à Djibouti. Les bédouins me sont très reconnaissants pour ça, c’est la transcription d’une tradition orale qui est malheureusement en train de se perdre. En fait, j’aime faire rêver. Et quand j’écris, j’ai des périodes d’écriture où j’écris énormément et d’autres où je suis très fainéante. Mais quand tu commences à tirer un fil…. Quand je tire une idée comme on tire le fil d’Arianne, je ne la lâche plus et ça peut durer huit heures d’affilée !


….  Vous nous disiez pendant la conférence que ça avait été difficile de vous faire publier, comment cela s’est-il passé ?

Je suis passée par des phases vraiment compliquées. La difficulté de trouver un éditeur, qui finit par vous laisser tomber… parfois j’ai pensé brûler mon manuscrit. Puis Helal m’a dit, « nous les bédouins, quand nous faisons une promesse, nous avons pour habitude de la tenir ! Donc ton livre, nous allons nous même le publier ! » Je l’ai pensé tellement longtemps ce livre ! Le jour où je l’ai eu en main… A la sortie du métro Maadi, François de Martino m’attendait avec le bouquin en main et j’ai cru que ce n’était pas mon livre ! La première réaction que j’ai eu… je l’ai relu ! (A Nourhane) D’ailleurs, t’entendre le lire tout à l’heure, c’était vraiment émouvant. Toutes les images défilaient. C’est un très beau moment que tu m’as offert.


…. Une dernière question, quelle place occupe votre métier d’auteur pour vous ?

Déjà, je différencie bien un auteur d’un écrivain, et je ne me considère pas comme écrivain. Un écrivain pour moi, c’est quelqu’un qui est capable de traduire par des mots des histoires inventées. David Camus n’arrête pas de me dire : « tu devrais écrire des romans, tu as une fibre de romancière, ta vie est un roman ! » Je n’y arrive pas. J’écris pour partager mon expérience, pas pour me mettre en avant, mais pour partager. Me cacher derrière un personnage et raconter à travers lui… j’ai pas encore eu le déclic. Comme au théâtre, quand tu arrives à te détacher de toi-même pour devenir le personnage que tu joues.  Mon metteur en scène avait dit  « une comédienne est née ». C’était sur Elvire de Don Juan. C’est des années de travail… Mais ça y est. J’avais lâché prise. J’étais devenue Elvire.

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